Election day

A J-1 des résultats des élections américaines, je réalise que nous n’avons pas couvert ce sujet qui pourtant prend une place non-négligeable dans notre quotidien. Nul besoin de vivre de ce côté-ci de l’Atlantique pour se rendre compte que cette élection 2016 est nettement moins pleines de promesse que celle de 2008. A la place du tournant historique que représentait l’élection d’un homme noir au statut de personnalité politique la plus importante des Etats-Unis – et donc potentiellement du monde entier étant donné la place occupée par les USA sur la scène géopolitique et commerciale internationale – les américains assistent, abattus pour une bonne partie d’entre eux, à un débat politique tragicomique dont les nombreux rebondissements n’ont rien à envier au storytelling du plus renommé de leurs reality-shows.

Ne côtoyant pas, ou ne pensant pas côtoyer, d’électeur républicain, et encore moins d’électeur de Donald Trump, il m’est difficile de faire une réelle analyse des motivations de ces électeurs à voter pour le candidat multimilliardaire. Cependant plusieurs d’entre elles reviennent régulièrement durant les conversations où nous tentons de comprendre ce débat politique (si tel est le nom que l’on peut encore lui attribuer).  En premier lieu, le positionnement d’Hillary Clinton sur le port et la vente d’armes à feu aux Etats-Unis. Affolés à l’idée d’être privés de ce qu’ils considèrent comme étant le seul moyen valable pour se défendre contre toutes les attaques possibles et imaginables, les supporters du second amendement sont donc fermement convaincus que leur seule opportunité de continuer à vivre tel qu’ils l’entendent est de voter pour Trump, quand bien même ils ne se reconnaitraient pas dans d’autres axes de son programme. A titre d’exemple, ma colocataire me parle régulièrement de sa sœur et de son beau-frère, propriétaires d’une ferme au fin fond de la Californie et de pas moins d’une centaine d’armes en tous genres, et qui sont absolument scandalisés par l’idée qu’on veuille les faire renoncer à ce droit constitutionnel, encore considéré par beaucoup d’américains comme partie de leur identité. A cela s’ajoute, pour le couple en question, une peur panique de l’étranger sous toutes les formes qu’il peut prendre dans le débat (musulmans, noirs, immigrants centraméricains ou sud-américains, etc.), dissimulant comme la plupart du temps l’ignorance de ces états des Mountain States ou encore du Sud des Etats-Unis.

Dans les états du Sud, anciens états confédérés d’Amérique, les souvenirs de l’esclavagisme sont encore frais et l’on peut d’ailleurs croiser à de nombreux endroits le drapeau conféré (« stainless banner »), hissé fièrement.  Ce drapeau est pour beaucoup un symbole de haine et de racisme, bien que certains s’en défendent et affirment y voir un héritage et l’afficher en hommage aux pertes humaines des deux bords, liées à la guerre de Sécession. Le débat sur ce drapeau a d’ailleurs été ranimé l’année dernière après l’assassinat à motivation raciste de neuf Noirs par un jeune homme blanc dans une église méthodiste de Charleston (Caroline du Sud), dont certaines photos le montrant posant à côté de ce drapeau avaient été découvertes. Bien que Trump n’affiche pas de relations avec les mouvances racistes de ces états (notamment le Klux Klux Klan, mouvement d’extrême-droite prônant la suprématie de la race blanche aux USA, ainsi que certaines idéologies antisémites et homophobes, pour ne citer qu’elles, et qui a très clairement affiché son soutien au candidat républicain) il a distillé des idées xénophobes durant toute sa campagne pour rallier à sa cause cet électorat « redneck », y perdant d’ailleurs une autre partie de son électorat, elle déroutée par les sorties haineuses du candidat.   A cela s’est ajoutée sa guerre contre l’immigration clandestine (et pas que, d’ailleurs), qui a touché en plein cœur la partie la plus pauvre de la population américaine, dans des états à très fort taux de chômage et parfois à haut taux d’analphabétisme, se laissant convaincre facilement que l’immigration est responsable de sa précarité.

Clinton, Trump pick up big wins

Crédits: http://midnightsunak.com/

Du côté des électeurs d’Hillary Clinton, je n’ai pas rencontré beaucoup de personnes qui semblaient vraiment pro-Hillary. En effet, chez les démocrates de moins de 35 ans, c’est Bernie Sanders qui remportait tous les suffrages avec un programme plus progressiste ; ces électeurs se sentent donc lésés, peu représentés par la candidate, mais n’ont d’autre choix que de voter pour elle étant donné l’ampleur des dégâts qui seraient occasionnés si Trump devenait président.

Quoiqu’il en soit, après des mois de campagne et des semaines de débats tournés en ridicule, par les candidats eux-même et par les médias, les sondages indiquent que Trump est largement remonté dans les intentions de vote, certains le plaçant même cinq points devant sa rivale. Les américains qui m’entourent sont fatigués et anxieux. Le sujet des présidentielles occupe la plupart des repas et une grande partie des conversations depuis maintenant plusieurs mois, et comme le disait l’un de mes collègues : « Depuis que j’ai voté c’est encore pire parce que maintenant je me sens vraiment impuissant ».

Et demain, donc, c’est Election day.

Daphné


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